Trois étudiants de l’École des Mines de Saint-Étienne se penchent sur la mobilité des réfugiés accompagnés dans l’emploi. Leur projet dresse un état des lieux des ressources et des besoins de près de 170 personnes en Saône-et-Loire et dans la région lyonnaise.
Talon d’Achille de l’insertion professionnelle, les problèmes de déplacement peuvent plomber les projets d’intégration les plus avancés. Chez Sirac, on constate que plus d’un réfugié demandeur d’emploi sur deux ne dispose d’aucune solution individuelle de transport. Injouable dès qu’il s’agit de travailler en zone rurale ou périurbaine, là où les transports en commun ne suffisent pas.
C’est pourquoi fin 2025, Sirac s’est tournée vers trois étudiants de l’École des Mines, Marie Blanc, Mariam Bouhlel et Bastien Allezy, pour identifier de nouvelles solutions avec ses partenaires. Leur objectif : préconiser des réponses de mobilité là où les besoins sont peu ou pas couverts.
Les étudiants ont observé deux territoires : la Saône-et-Loire, où Sirac conduit le projet Réfugiés depuis 2023, et la région lyonnaise, où l’agence de Villeurbanne a lancé le programme à l’été 2025. Leur étude porte sur deux types de publics : les réfugiés déjà en activité en Saône-et-Loire, et ceux qui se préparent à occuper un emploi dans le Rhône. Elle s’appuie notamment sur des entretiens menés auprès de près de 170 personnes réfugiées : essentiellement de jeunes hommes (les femmes ne représentaient que 10 % de l’échantillon), âgés de 31 ans en moyenne, et orientés majoritairement vers l’industrie ou la logistique.
Barrière linguistique
En Saône-et-Loire, les 15 salariés interrogés (sur 70 personnes en emploi) ont tous recours à un moyen de transport, individuel ou collectif. Près de 37 % utilisent une voiture, 18 % un scooter « avec réticence, par crainte pour leur sécurité », et plus de 12 % s’en remettent exclusivement au réseau de bus. Les plateformes de mobilité proposent différents services d’accompagnement : financement du permis, location de véhicule ou de deux-roues, réservation d’un vélo électrique… Sirac facilite l’accès à ces dispositifs en contractualisant directement pour les jeunes qu’elle accompagne.
La situation se complique pour les « futurs employés ». Dans le Rhône, hors réseau TCL, décrocher un emploi suppose d’avoir sa propre solution de transport. Or les deux tiers des jeunes réfugiés n’ont pas de permis valide en France. Et seuls 33 % envisagent de passer le permis AM (deux-roues de moins de 50 cm³ ou voiturette). Cette proportion modeste s’explique en partie par la barrière linguistique : un jeune sur deux maîtrise le français à un niveau inférieur au B1, rendant la préparation à l’examen difficile. Résultat : 75 % dépendent uniquement des transports en commun, contre 25 % qui disposent d’une voiture ou d’un scooter.
Plateformes de mobilité
Pour affiner leur analyse, les étudiants ont retenu quelques critères déterminants : le niveau de français, les contraintes budgétaires (selon que la personne soutient financièrement sa famille ou subvient seule à ses besoins), la possession d’un permis, et l’accès à un moyen de transport personnel. Ils ont également défini quatre personas, du plus autonome au plus dépendant d’un accompagnement. Puis ils ont confronté les différents besoins aux solutions existantes.
Trois associations ont structuré leur propre plateforme de mobilité sur ce territoire : AGiRE, sur la communauté urbaine du Creusot et de Montceau-les-Mines ; C’mobil, portée par la Mission Locale du Charolais à Gueugnon ; et Aile Sud Bourgogne, active sur Mâcon, Cluny et Tournus. Ces trois structures couvrent des zones complémentaires et proposent des services comparables, avec toutefois des spécificités locales.
Les aides disponibles sont variées : location solidaire de vélos et de voitures, microcrédit pour l’achat ou la réparation d’un véhicule, accompagnement administratif pour l’échange de permis ou l’inscription sur France Titres, et transport solidaire assuré par des conducteurs bénévoles. Mais les conditions d’accès diffèrent d’une structure à l’autre, et certaines restrictions posent problème : des durées de location trop courtes pour des salariés en mission d’au moins six mois, ou des trajets quotidiens plafonnés à 40 km quand la distance domicile-travail dépasse ce seuil.
Vers des solutions durables et low-tech
Parfois les solutions existantes sont suffisantes, mais les intéressés ne les connaissent pas. Les élèves ingénieurs envisagent d’éditer des flyers d’information répertoriant l’ensemble des services accessibles et de les traduire dans la langue native des réfugiés non francophones.
Leurs autres préconisations privilégient des solutions durables et low-tech. Pour se déplacer dans des bassins d’emploi mal desservis, l’obtention du permis de conduire reste la voie la plus fiable : ils recommandent d’explorer de nouvelles modalités de financement, notamment sous forme de bourses. Ils suggèrent aussi le leasing ou l’achat de petits véhicules d’occasion, jugés plus adaptés que la location solidaire de courte durée, trop contraignante pour les besoins liés à un emploi loin de chez soi.
Une troisième piste retient leur attention : les véhicules intermédiaires de nouvelle génération, plus sécurisants que les deux-roues motorisés ou les trottinettes électriques. Trois innovations lowtech issues de la région lyonnaise illustrent ce créneau : le Kiwee de Metacar Mobility Systems (Irigny), l’Acticycle d’Acti4climate (Miribel), et le BOB, vélo électrique capoté à quatre roues, conçu par Sanka Cycle (Villeurbanne). Maniables en zones rurales et périurbaines, ces véhicules se prêtent aussi à l’autopartage. Exception faite des modèles les plus puissants, ils ne nécessitent pas de permis.
À ce stade de leur recherche, il leur reste à imaginer des partenariats pertinents permettant de financer l’acquisition de nouveaux moyens de transport, d’assurer leur entretien ainsi que les coûts de maintenance. Ce volet sera la dernière étape de leur projet, qu’ils soutiendront fin mai devant un jury.
A propos du projet des étudiants de l’École des Mines
L’étude sur la mobilité des réfugiés est menée dans le cadre du programme PRICE (Programme d’Innovation, de Création et d’Entrepreneuriat), module pédagogique collectif destiné aux étudiants de 2e année du cycle ingénieur civil des mines, représentant 110 heures de travail par élève.
Plutôt que de s’attaquer à un sujet purement technologique, Marie Blanc, Mariam Bouhlel et Bastien Allezy ont choisi de s’emparer d’une problématique sociétale. Ils ne regrettent pas ce pas de côté : « Ce projet demande de mettre l’humain au cœur des choses », affirment-ils. « À travers notre étude, nous visons à la fois des finalités d’insertion sociale et professionnelle. »

